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Présentation

  • : Le Sang des Femmes
  • Le Sang des Femmes
  • : BIENVENUE dans ce blog, qui fait suite à un cycle radiophonique menstruel consacré aux mentruations. Emission "Les Petits Papiers", sur les ondes de Canal Sud Radio 92.2FM à Toulouse. Proposé par Fatima Guevara, Isabel S., S. Bockel & Or-Or.
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NEW : Le SANG des FEMMES II

:::::: NEW :::::: Pour continuer de vous instruire sur les menstruations voici la suite de ce blog

sur "Le SANG des FEMMES II", et l'adresse la voilà : http://lesangdesfemmes2.blogspot.com

:::::: NEW :::::: avec les rubriques habituelles et l'actualité des menstruations : le marketing des menstruations, les innovations ...

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L
e fil rouge du sang de la femme

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Jacqueline Schaeffer
http://www.spp.asso.fr/main/PsychanalyseCulture/PsychanalyseAnthropologie/Items/3.htm
Anthropologie, psychanalyse et culture.

"La lune "file" le temps, c’est elle qui "tisse" les existences humaines. Les Déesses de la destinée sont des fileuses". Mircea Eliade [1]
"Les femmes… ont inventé une technique, celle du tressage et du tissage… C’est la nature elle-même qui aurait fourni le modèle de cette imitation en faisant pousser, au moment de la puberté, la toison pubienne qui cache les organes génitaux.." S. Freud [2]


    Freud, dans "Le motif du choix des coffrets" [3] , évoque les Heures, divinités des eaux célestes. Du fait que les nuages étaient appréhendés comme un tissu, ces déesses ont acquis le caractère de fileuses, qui s’est fixé ensuite sur les Moires. "Les déesses météorologiques devinrent des déesses du destin".
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    Gardiennes des lois périodiques de la succession temporelle, et du retour du même selon un ordre immuable nécessaire à la vie humaine comme à celui de la nature. "La création des Moires est le résultat d’une connaissance qui rappelle à l’homme que lui aussi est une parcelle de la nature et qu’à ce titre il est soumis à l’immuable loi de la mort". Et de conclure : "Les grandes divinités maternelles des peuples orientaux paraissent avoir été toutes aussi bien des génitrices que des destructrices, aussi bien des déesses de la vie et de la fécondation que des déesses de la mort".
    Le lien du sang à la femme s’étend sur la presque totalité de sa vie, préside au destin de son féminin, au destin de son maternel. Ce sang cyclique croît et décroît à la manière des visages de la lune, fluctue à la façon des marées, des saisons, des moissons… On le nomme le "climatère". D’où le caractère tabou donc sacré qui s’y attache, comme celui qu’attribuent certains hommes aux phénomènes climatiques dont la générosité est fécondante et invoquée, celle du soleil ou de la pluie, mais également à des événements dont la dangerosité est crainte, celle des cyclones, des raz de marée et des tsunamis.. On leur donne volontiers des noms de femme : Katrina, Rita, etc.

    On dit que les hommes "versent" leur sang - souvent pour de nobles causes - tandis que les femmes le "perdent". Les causes n’en sont pas aussi nobles, car c’est le signe qu’elles ne peuvent pas contenir ou contrôler ce sang. Et c’est particulièrement le signe qu’elles ne contiennent pas un enfant, ce qui est leur valeur la plus précieuse.
illus SkyeBD/photobucket.com

   D’emblée apparaissent les hésitations et oscillations de Freud dans sa recherche sur l’énigme de la différence des sexes : couple masculin-féminin ou bien couple actif-passif ?

     Le sang des femmes terrorise, fascine, répugne, émeut. Le sang de la vie, le sang du sexe, le sang de la mort. Il fait l’objet de nombreux mythes. Les hommes ont forgé des théories, sur le mode des théories sexuelles infantiles, à propos de ce sang qui échappe à leur entendement, à leur contrôle, comme il échappe au corps des femmes. Une manière de récupérer l’étrange, inquiétant et familier phénomène, le unheimlich . Ce fut le cas de l’ami Fliess, celui de Freud, inventeur d’une théorie des périodes de 28 jours, celle des mois lunaires, et d’une théorie de la bisexualité.
      Comment les femmes elles-mêmes, ces femmes lunaires, lunatiques, ces Lilith de la Lune noire vivent-elles ces "lunes" , ces "périodes" et ces "règles" imposées par les Moires , cet unheimlich au cœur de leur féminin ?
Cachez ce sang que je ne saurais voir !

      Le succès du livre de Marie Cardinal [4], évoquant son symptôme hémorragique et sa cure, a ouvert tout un public populaire à Freud et à la psychanalyse.

        On connaît l’investissement privilégié que Freud a accordé au visuel : la représentation visuelle, les images du rêve, le rôle de l’hallucinatoire, la pulsion scopique, la curiosité, la passion de voir et de connaître, etc.. Il se disait insensible à la musique. Cependant, la parole et l’écoute ont été le sol de sa découverte. On sait que Freud a lié au "voir" le surgissement de l’angoisse de castration. Le petit garçon "d’abord ne voit rien ou bien par un déni il atténue sa perception", puis, "un beau jour… il a devant les yeux la région génitale d’une petite fille et est forcé de se convaincre d’un manque de pénis… la menace de castration parvient après coup à faire effet". Quant à la fille, "d’emblée.. elle a vu cela, sait qu’elle ne l’a pas et veut l’avoir". Un déni en deux temps chez le garçon, une envie immédiate chez la fille. Pas d’angoisse de castration. Le "voir" chez elle est brutal, inexorable, non négociable.

Le "voir" des règles

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          « J’ai vu », disent certaines femmes », désignant ainsi l’apparition des règles. Ce "voir" est-il aussi brutal qu’il puisse renvoyer au choc effractif d’une perception de la différence des sexes, mettant fin à l’illusion d’une bisexualité androgyne ? C’est ainsi que le vivent certaines jeunes filles, comme une confirmation de ce que la phase phallique avait marqué du sceau du manque, de la castration. Le "voir" est révélation de ce qui est invisible, caché, mais aussi de l’irreprésentable des organes génitaux féminins, ceux dont la toison a inspiré les tresseuses et les fileuses de Freud.
source image  : www.bafweb.com
    Le "voir" des premières règles prend toutes les colorations d’un prisme, selon le message transmis par la mère : celui d’une promotion féminine, d’une assomption de la féminité, ou d’une malédiction inhérente au destin féminin. Ce peuvent être les couleurs de la honte, d’une souillure, de la "tache"
qui trahit. Les couleurs également de la culpabilité, de la punition des motions incestueuses enfin dévoilées et menacées d’une possible réalisation. Le "voir" vient signifier la contrainte et la soumission inexorable à des "règles", à un impératif parfois ressenti comme sadique, celui des Déesses des lois périodiques de la destinée. Figures d’une mère archaïque toute puissante à laquelle il faut se soumettre.

    Le "voir" est l’enjeu, marqué par le contrat d’honneur familial, d’un certificat de virginité. Les draps suspendus au balcon de la chambre nuptiale rendent visibles une action de défloration bien accomplie. Vive le pénis triomphant !
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    Le "voir" est affecté de déception en cas d’une grossesse souhaitée, ou de soulagement en cas d’une grossesse non désirée. Le "voir" du sang d’un avortement laisse des traces douloureuses. Le corps a sa mémoire.. Le "ne plus voir" de l’advenue de la ménopause est vécu comme un naufrage, ou comme une délivrance.

"En catimini "


    En fait, les règles sont ce que les femmes cachent, ce qui doit rester caché. Toute tache visible provoque la honte. Les premières règles annoncées au père par la mère sont l’objet d’une haine féroce contre celle qui a trahi le secret.

    Le terme catimini remonte en France au XVI° siècle pour désigner les menstrues. Il est emprunté au grec d’Hippocrate : les katamenia, pluriel de katamenios, qui réfère leur survenue à men : lune, mois. On retrouve la lune et ses variations. "En catimini " prendra le sens de ce qui est dissimulé, hypocrite. La "chattemite" évoque la manière discrète, secrète et dissimulée de la chatte. La patte de velours peut brusquement s’armer de griffes. Autrement dit, tout ce qui est caché peut devenir ruse, tromperie, menace et danger.
L’invisible du sexe féminin. L’homme vertical

    L’évolution de l’homo erectus , lorsque l’homme s’est redressé debout au-dessus de la savane, a transformé à la fois l’inclinaison de son cerveau, mais aussi le sens de sa sexualité. Jean-Didier Vincent précise que, dans cette station verticale le sexe féminin qui était visible est devenu invisible. Ce sexe que, même nue, la femme ne laisse pas voir. Bien dissimulé sous le tissage des poils pubiens. Seul le sexe masculin est visible. A tel point que les Romains le nommaient le fascinus .

undefined    Freud nous décrit le trajet anthropologique du sensoriel : l’homme a troqué l’olfactif contre le visuel. "Cette transformation, écrit-il, se rattache avant tout à l’effacement des sensations olfactives par l’entremise desquelles le processus menstruel exerçait une action sur l’âme masculine. Le rôle des sensations olfactives fut alors repris par les excitations visuelles qui, à l’inverse des sensations olfactives intermittentes, furent à même d’exercer une action permanente" [5] . Le visuel inaugure donc l’advenue d’une poussée constante de la pulsion libidinale, spécifique de l’être humain, par opposition au périodique de la sexualité animale, soumise au rut et à l’oestrus, et par opposition au périodique de la fonction anale. "Ainsi donc, écrit Freud, l’érotique anale succombe la première à ce "refoulement " organique qui ouvrit la voie à la  civilisation". Les règles, "périodiques" peuvent donc recueillir l’héritage de cette "érotique anale". illus : nelsoni patternless sur www.users.skynet.be 

    C’est le visuel qui, théoriquement, devient le socle de l’activité de représentation, de re-présentation de ce qui a été perçu. Par la suite, cette activité représentative va davantage se lier au processus hallucinatoire, et s’éloigner du territoire de la perception. Mais il restera toujours une ambiguïté entre ce "seulement dedans" et ce dehors qui peut devenir "aussi dehors". Il s’agit de l’épreuve de réalité et de toutes ses modalités.

    
        Ainsi le "voir" des règles est peut-être une récupération par le visible de l’invisible du sexe féminin, et de son irreprésentable. Dirait-on également "voir" les règles pour les soustraire au périodique de l’analité et de son érotique et pour les récupérer du côté du surgissement de la pulsion sexuelle dans le moi ?
L’entrée en scène du sexe féminin

        Le "voir" du sang marque aussi le surgissement du sexe féminin, le passeport vers la maturité féminine. Les menstruations sont le signe le plus évident de la différence des sexes. La grande découverte de la puberté c’est celle du vagin, dont Freud dit qu’il est ignoré pendant l’enfance, dans les deux sexes, du fait de l’intense investissement phallique, c’est-à-dire narcissique du pénis, l’unique sexe de l’enfance. Le vagin n’est pas un organe infantile - non pas que les petites filles ignorent qu’elles ont un creux, une fente - mais parce que l’érogénéité profonde de cet organe ne peut réellement être découverte que dans la relation sexuelle de jouissance. Avant ce moment érotique, il se manifeste par le "voir" des règles, et donc inaugure la levée du refoulement ou du déni.

       Cette irruption du féminin lors de la puberté, change les données. Le complexe de castration change de statut : il ne concerne plus seulement l’angoisse de perdre le pénis, ou de ne pas l’avoir, mais celle de son destin dans la rencontre sexuelle, en fonction de l’excitation de la poussée libidinale génitale. Les angoisses deviennent alors "angoisses de féminin".
       Chez le garçon : comment utiliser ce pénis dans la rencontre sexuelle ? Chez la fille : comment vivre ces transformations corporelles qui ne la renvoient plus à une absence de sexe, puisque des seins lui poussent, et que son vagin se manifeste ? Pour les deux sexes, comment élaborer les fantasmes que génère la découverte de ce nouvel organe qu’est le vagin ? Et comment intégrer ces transformations corporelles qui s’approchent dangereusement de la scène primitive et de la réalisation incestueuse ? La sexualité humaine a un potentiel traumatique. Il importe que cet effracteur puisse devenir nourricier du psychisme et du moi.

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    L’autre sexe, qu’on soit homme ou femme, c’est toujours le sexe féminin.
Le sexe masculin reste le même, le connu, celui qui a fait l’objet de l’investissement narcissique de la phase phallique. Il reste au garçon à en faire un investissement érotique dans une relation sexuelle. L’angoisse de castration va donc se doubler d’une angoisse de pénétration, pour les deux sexes, mais dans une asymétrie qui signe la différence des sexes. Le phallique-châtré de la phase phallique est en "exigence de travail" vers la construction d’un couple masculin-féminin.
photo :www;mongabay.com
 
    Chez les filles, chez les femmes, le pulsionnel reste très proche du corporel, de la source. C’est le ventre, l’intérieur du corps qui peut être objet d’angoisse, ou menacé de destruction. Il l’est davantage par envahissement et intrusion que par ce qui peut être arraché, coupé. C’est ainsi que les règles peuvent être vécues bien autrement qu’une castration, mais davantage comme un envahissement, souvent un cataclysme, parfois sur le mode persécutoire.

    C’est au moment d’investir la pénétration sexuelle et le vagin érotique que peuvent réapparaître chez l’adolescente des carences d’intériorisation et des menaces d’effraction narcissique. La puberté a alors un effet traumatique, et remet en question les résultats de l’étayage et ceux du refoulement. La boulimique y répond par l’acte de remplir, l’anorexique par celui de fermer toutes les issues, les orifices. Tomber enceinte peut également être un moyen de remplir et de fermer toutes les issues. L’arrêt des règles ponctue ce mode de contrôle des angoisses d’ouverture du corps.

L’irreprésentable du sexe féminin.

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photo :www;mongabay.com 

    C’est en regard de cette angoisse pour leur féminin que les filles et les femmes ont recours à la "féminité", que je définis comme l’ont fait avant moi Joan Rivière et Monique Cournut. A savoir une féminité de surface, celle de la parade ou de la mascarade, celle des robes, talons, bijoux, parfums, maquillages.

    Si le surinvestissement narcissique des hommes porte sur le pénis, c’est leur corps tout entier que les filles et les femmes investissent, accroché à la réassurance du regard de l’autre. La "féminité" est visible, elle fait bon ménage avec la logique phallique, à laquelle elle répond en écho. Elle consiste en effet à valoriser ce qui se voit, ce qui se montre et s’exhibe, ce qui s’extériorise et a pour but de rassurer l’angoisse de castration, celle des femmes comme celle des hommes. Ce visible de la féminité est en fait un voile mis sur le creux informe, insaisissable, irreprésentable du sexe féminin, sur son inquiétante ouverture, sur ses débordements de liquidités, sur ce sang qui s’échappe. L’exaltation des rondeurs féminine, de la forme exquise du sein vient contre-investir cette angoisse de l’informe.

         Un autre déplacement désigne ce qui cache au lieu de ce qui est caché, retour de l’élément refoulant en lieu et place du refoulé. C’est la pilosité qui subit l’opération du refoulement de ce qu’elle était censée dissimuler. Encore la toison pubienne ! Le poil qui a marqué l’advenue la puberté, du surgissement du sexuel génital recueille l’héritage de l’obscénité du sexe féminin. Ce qui est appât sexuel, ce qui doit demeurer caché se déplace sur les poils, sur les cheveux.

        Une patiente musulmane qui présente un symptôme vaginique dit : "quand on m’a coupé les cheveux, j’ai eu l’impression de ne plus avoir de sexe". Au Japon, paradis de l’industrie du sexe et des sex-shops , les poils pubiens sont encore aujourd’hui tabous : les films occidentaux sont censurés de mosaïques, livres et revues sont nettoyés de leurs détails hirsutes. Les inquisiteurs chasseurs de sorcières, au Moyen Âge, rasaient les femmes hystériques, supposées cacher le diable fornicateur dans leurs poils pubiens. Les pubis des musulmanes sont soigneusement épilés. Les femmes mariées dans la religion juive ont la tête rasée et portent perruque. Sous le voile des musulmanes intégristes, aucun cheveu ne doit dépasser, aucun signe de tentation féminine ne doit être manifeste. [6]

       Certains rites assimilent la chevelure, les poils pubères et le sang. Dans les textes anciens, le sang se transformait en lait chez les femmes [7], en poils et barbe chez l’homme. Retour au voile islamiste, au tissage de Freud, et au diable caché dans le pubis des femmes hystériques.

La fascination du "voir"

        Freud définit la curiosité, le désir de savoir comme le prolongement de l’intérêt porté par l’enfant à son propre sexe et à celui de ses parents, de sa quête portant sur l’énigme de la différence des sexes. Le sexe de la mère est au cœur de l’énigme. "Maman, as-tu un fait pipi ?" demande Hans. - "Bien entendu, pourquoi ?", répond-elle. L’enfant épie tout ce qui entre et sort du sexe de sa mère. Lorsqu’il verra plus tard une bassine rougie du sang de l’accouchement de sa petite soeur, il dira : "il ne sort pas de sang de mon fait pipi à moi". Angoisse de castration du garçon devant le sang des femmes.

    Georges Devereux [8] interroge longuement le mythe grec de Baubo, laquelle exhibe son sexe pour faire rire Démeter endeuillée par la perte de sa fille Perséphone enlevée par Hadès au royaume des Morts. Cette exhibition a valeur de consolation pour rendre sa féminité et sa fécondité à Démeter.

    Mais on sait que, devant un homme, l’exhibition est soit insultante soit terrorisante. Dans l’Antiquité et de notre temps - comme ce fut le cas lors de la guerre d’Espagne et au cours de certains génocides - des femmes ont fait honte et fait reculer les hommes d’un peloton d’exécution et d’autres prêts à tous les massacres, en retroussant leur jupe. Comme pour leur dire : "regarde d’où tu viens !". Et le Diable lui-même, chez Rabelais, s’enfuit devant une femme qui lui exhibe son sexe.

        On trouve des représentations de Baubo, "vulve mythique personnifiée", dans de nombreuses civilisations. Une Gorgone étrusque sur un char, qui exhibe son sexe et tire la langue d’une énorme bouche dentée, devait inspirer la terreur aux ennemis. Elle maîtrise des fauves, comme la Maîtresse des Animaux sauvages, souvent identifiée à Artémis, et à la Grande Mère des Dieux, c’est-à-dire à Rhéa, épouse de Kronos, mère de Zeus et de divers autres Olympiens.

    La tête de Méduse, une des Gorgones, qui ornait le bouclier de Persée, renvoyait l’image d’un visage entouré de serpents à la bouche ouverte déformée et avide, dont le regard pétrifiait l’adversaire. Freud [9] a fait de cette figure la représentation du sexe de la mère, entouré de poils pubiens, provoquant l’effroi de la castration et sa représentation en son contraire par la multiplication. undefinedLa pétrification étant un équivalent de la sidération de l’effroi, mais aussi de l’érection masculine à effet de réassurance.
    Mais cet effroi renvoie également à l’horreur de l’ouverture avide et dévorante d’un sexe-bouche.
    Tout ceci connote l’insoutenable rencontre du corps, du regard et du sexe de la femme, la jouissance du regard englué, le plaisir de la sidération, cher au voyeur, la "fascination pour l’effroi" [10]. Dans Le sexe et l’effroi Pascal Quignard [11] nous invite à partager la vie érotique des Romains à travers les fresques de Pompéï.
    Le tableau L’origine du monde de Courbet a longtemps été recouvert de paupières, de volets avant son exposition au regard des visiteurs de musée…

Mère, ne vois-tu pas que je saigne !

    La Bible le déclare : "le flux menstruel est une malédiction qui se transmet de fille en fille". Les contes qui se disent au fil des générations évoquent cette malédiction. Il y a toujours 13 fées : 12 bonnes, celles des 12 mois solaires ; la treizième fée apporte la malédiction, c’est celle qui représente le treizième mois lunaire. La Belle au bois dormant se pique au fuseau de sa mère à l’âge de 15 ans, âge des règles, et s’endort ensuite jusqu’à sa délivrance par le Prince qui triomphe des obstacles. L’héroïne de "Barbe bleue" est victime de sa curiosité fascinée pour le sang des femmes qui l’ont précédée.

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Une des figures de la Reine de la nuit de La flûte enchantée de Mozart, la malédictrice, portait les ailes noires et acérées d’une chauve-souris vampire.
Un pacte rouge, érotique : "je saigne, donc je jouis"

    Le sang est en rapport avec le sexe féminin par un processus de déplacement métonymique : c’est une manière de le rendre visible et présent [12]. La rencontre des sangs n’est pas autre chose que la rencontre des sexes féminins. Le fantasme homosexuel primaire constitue une figuration archaïque de la scène primitive, et une version fantasmatique de la filiation par le sang. Certaines femmes homosexuelles disent que leurs rencontres ont souvent lieu au moment de leurs règles, et qu’ensuite elles saignent en même temps. Comme les filles d’un même couvent.

    La communauté sexuelle de femme à femme, de mère à fille est le fil rouge de l’identification hystérique, théorisée par Freud. Lorsque sa fille accouche, une mère peut ressentir des contractions, des signes de montées de lactation, ou se remettre à saigner.

    Une patiente me dit : "lorsque ma compagne s’est séparée de moi, je saignais à l’intérieur. Je lui ai demandé : est ce que tu sens toi aussi que tu saignes ?". Le sexe de la patiente s’est alors mis à hurler de douleur, et c’est un symptôme de vulvodynie qui l’a fait arriver jusqu’à moi. Une autre patiente se scarifie les bras à chacune de nos séparations. Elle dit en éprouver une jouissance extrême. C’est par un nouveau pacte de fidélité et par l’élaboration psychique du lien transférentiel qu’elle consentira à défaire le pacte de sang.
    Un pacte noir : "mon sang t’appartient"

       C’est celui du lien d’emprise, corps sang et âme, avec la mère des origines. Un lien de haine violente derrière lequel se cache un amour éperdu pour la mère, la haine visant au maintien de ce pacte mortifère [13]. Car toute tentative de rivalité est vécue comme matricide.

    Dans le film de Haneke "La pianiste", issu du livre d’ Elfriede Jelinek [14], on voit une fille scarifier son sexe. Il s’agit de mimer des règles, probablement taries, pour que sa mère puisse voir son sang couler le long de sa jambe. C’est un pacte d’allégeance prégénitale du type : "mon sang t’appartient". Ne jouir que de la mère et servir à sa jouissance, tel est le pacte. La haine est le moyen d’assurer ses limites.

    La mère d’une patiente explique les règles à sa fille en lui mettant devant les yeux et sous le nez une serviette tâchée du sang de son propre sexe. La mère d’une autre patiente introduit elle-même les tampons périodiques dans le sexe de sa fille.
Un pacte vampirique : "transfuser.. et mourir de plaisir"
A qui Thérèse de Lisieux, la jeune anorexique, sacrifie-t-elle ses règles dans son délire masochiste ? A qui transfuse-t-elle son propre sang ? "Je veux souffrir par amour et même jouir par amour… J’éprouvais alors un sentiment nouveau, ineffable à la vue de ce sang précieux qui tombait à terre sans que personne s’empressât de le recueillir". De quel sang se remplit-elle jusqu’à l’extase, jusqu’à la mort ?

undefinedillus : Or-Or

Fin de la partie I

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