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  • : Le Sang des Femmes
  • Le Sang des Femmes
  • : BIENVENUE dans ce blog, qui fait suite à un cycle radiophonique menstruel consacré aux mentruations. Emission "Les Petits Papiers", sur les ondes de Canal Sud Radio 92.2FM à Toulouse. Proposé par Fatima Guevara, Isabel S., S. Bockel & Or-Or.
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La peur du sang, âme de la chair
De l'impureté de la femme menstruée


Article de Denise JODELET
"Imaginaires érotiques de l'hygiène féminine intime.
Approche anthropologique", revue Connexions,
2007/1, n° 87, pp. 105-127.
images piczo.com

  
La sororité entre la femme et l'eau trouve une confirmation frappante dans l'état de menstruation. Conditions biologiques de la fécondité, les règles, « orage biologique », ont comme l'orage un pouvoir destructeur, en transmettant à l'extérieur l'agitation intérieure (Verdier, 1979).
   Déjà le sang, comme liquide corporel, peut être bon ou mauvais, présentant une bivalence positive, thérapeutique, associée à la vie, et négative, toxique, associée à la mort ; identifié à l'âme de la chair, il doit en être séparé ; il fut et reste une « substance tabouée » dans la vie quotidienne en raison des croyances populaires et des interdits religieux.
  Le sang menstruel, d'autant plus dangereux, d'autant plus puissant qu'il était associé à la reproduction de l'espèce humaine, est le parangon de l'ambivalence, devenant dans le corps de la femme une figure de la mort (Pouchelle, 1988).

    Ce sang suscite une terreur générale attestée par l'universalité du rejet de la femme menstruée : « Il n'y a pas de sphère de la vie humaine dans laquelle on observe une plus grande uniformité que dans le traitement de la femme en menstruation ou en couche » (Roux, 1988, p. 59). Partout, des interdits s'observent quant aux relations sexuelles, à la préparation des aliments, l'entretien ou l'approche du feu, l'accès aux lieux consacrés religieusement (Nouvelle-Guinée, Bénin, Centre Afrique, Japon, Malaisie, Tziganes, Mazdéens, Parsis). Nombreuses sont les régions d'Afrique et d'Asie où les femmes sont isolées dans des « maisons de femmes », des « maisons de menstruantes », des « huttes de malédiction », construites, en Océanie, sur les mauvais endroits (bad places) réservés également aux latrines et aux porcs (Mead, 1982), ou assignées à des « retraites dans l'ombre » dans des espaces séparés des maisons (Cambodge, Afrique).

  Selon le psychanalyste Racamier (1955), le côté inquiétant de la menstruation tient à une organisation symbolique générale autour de thèmes inconscients qui « s'accordent à tous les stades instinctuels que la psychanalyse a décrits, et peuvent se déduire des faits suivants, que nous rappelons : les règles sont un écoulement (qui peut être excrémentiel) de sang (qui peut être celui d'une blessure ou d'une attaque) par les voies génitales (définitivement privées de phallus et peut-être par suite d'actes sexuels incestueux et de masturbations coupables) d'une femme (érotiquement stimulée) en mesure d'enfanter (mais qui n'est pas enceinte, et peut craindre de ne pouvoir pas l'être).
    On saisit toutes les causes d'exaltation ou au contraire d'angoisse et d'amertume que peut dès lors détenir la menstruation. À l'occasion des règles, la femme se sent, et elle est ressentie par ses proches, et particulièrement par les hommes, comme une coupable, souillée, dangereusement séductrice, par-dessus tout redoutable ». 


    Les imaginaires liés à la purification et à la volupté sont associés, en ligne directe, à cette particularité féminine de la menstruation orchestrée par les interdits religieux. On sait que le lavage du corps n'a répondu que tardivement, à partir du XIXe siècle, à l'idée de propreté et d'hygiène que nous connaissons aujourd'hui. Il a reçu pour fonction originaire celle de purifier.

    Platon disait, dans le Cratyle : « Ablutions et aspersions, toutes ces pratiques n'ont qu'un but, et c'est de rendre l'homme pur de corps et d'âme. » De l'Orient à l'Occident, les prescriptions sociales et religieuses ont enjoint de se laver, physiquement et moralement, de ce qui peut entraver le contact avec les autres ou la rencontre avec Dieu. Et c'est dans le domaine religieux que nous trouvons les codifications les plus fermes de la pureté et de ce qui la menace, la souillure, s'appliquant avec une rigueur particulière à l'impureté de la femme en raison de ses saignements.

    Pour en donner acte, nous nous restreindrons ici aux trois religions révélées qui, fondées sur une même base biblique, ont traité avec des nuances, parfois légères, parfois substantielles, des soins que la femme doit apporter à son corps et son sexe, dans son rapport à la pureté et à la relation sexuelle.

   L'analyse des préceptes ainsi édictés mettent en scène une femme, périodiquement ou définitivement, dangereuse autour de laquelle va broder un imaginaire qui en a fait le support d'une érotisation spécifique où l'attrait de la chair se trouve, dans les oeuvres narratives, picturales, poétiques ou les imageries populaires, étroitement lié à la peur de ses pouvoirs maléfiques.




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