

Un extrait de "Les menstruations sont-elles dépassées ?" par Kathleen O'Grady
en pdf ici :
http://www.cwhn.ca/ressources/menstruation/menstruation.pdf
(...) Pour les universitaires comme Emily Martin, auteure de Woman in the Body, l'ouvrage d'Elsimar Coutinho est un
exemple des modèles normatifs à l'ouvre dans le discours scientifique, en particulier en ce qui concerne le corps des femmes, lequel perçu comme une aberration par rapport à la norme «
masculine » .
Les menstruations, selon la conception de Coutinho, sont vues comme étant un phénomène « anormal », c'est-à-dire « pathologique »,
une « maladie » que le corps médical doit s'efforcer de traiter. La science travaille activement à parfaire le corps humain, mais c'est un corps qui n'est décidément pas conçu à l'image de la
femme.(...)
.
(...) Margie Profet fait tout d'abord remarquer que le sang menstruel diffère du sang
ordinaire dans sa composition car il contient notamment des cellules immunitaires appelées « macrophages », capables de lutter contre les pathogènes présents dans la cavité utérine. C'est sur
cette dernière constatation que la chercheure fonde l'hypothèse suivante :
« Les menstruations servent à protéger l'utérus et les trompes de Fallope
de la colonisation par les pathogènes » ou bien ...
Les règles auraient, par conséquent, une fonction purificatrice, servant à protéger les organes reproductifs féminins des contaminateurs. Et quelle est la source de ces pathogènes? Les hommes, bien sûr, répond sans hésiter la chercheure : « Le sperme est un vecteur de maladie » (p. 335). Les femmes actives sexuellement doivent disposer d'un moyen de se protéger des infections pouvant être transmises par les rapports sexuels. Les règles ne seraient donc qu'un signe de la guerre entre les sexes - un moyen naturel pour les femmes de se protéger des hommes.

Selon la perspective de Margie Profet, la suppression forcée des menstruations serait néfaste pour la santé de la femme, plutôt que bénéfique, parce qu'elle interférerait avec la capacité naturelle de l'organisme de se défendre contre les pathogènes : « L'utérus semble conçu de manière à accroître le saignement s'il détecte une infection. ce qui laisse croire que comprimer artificiellement les pertes menstruelles provoquées par une infection pourrait être contre-indiqué » (p. 355).
Les critiques de Margie Profet, nombreux, répliquent qu'au contraire, le sang menstruel
fournirait
est-ce un un terreau parfait pour quantité de micro-organismes
sexuellement transmissibles ?
et, en outre, qu'une femme serait plus susceptible de contracter un large éventail d'infections vaginales pendant ses règles qu'à tout autre stade de son cycle. Margie Profet se dit d'accord avec le fait que certains micro-organismes abondent pendant les menstruations, tout en soumettant que, si les êtres humains ont évolué de façon à maximiser la survie de l'espèce, on peut en dire tout autant des pathogènes. La menace constante que représentent les maladies transmissibles sexuellement ne fait que mettre en lumière le fait que le combat que nous livrons contre les bactéries, depuis le début de l'évolution, est loin d'être terminé.
Dans un ouvrage récent intitulé The Curse : The Last Unmentionable Taboo [Les menstruations, le dernier tabou], Karen Houppert, journaliste au Village Voice, apporte une nouvelle dimension au débat. Après avoir recensé les études menées sur le choc du syndrome toxique et les autres troubles liés à la santé génésique (dont l'infertilité et l'endométriose), l'auteure suggère que
bon nombre de ces maux sont peut-être causés par les quantités résiduelles de dioxines contenues dans la plupart des tampons et des serviettes périodiques - ces composés chlorés qui rendent nos accessoires de « protection hygiénique » plus blancs que blancs. À la lumière de cette hypothèse, on peut se demander en effet si l'agent responsable des maladies infectieuses, au lieu d'être les menstruations, comme le prétendent les critiques de Margie Profet, ne serait pas véritablement ces méthodes de « traitement » des règles et leurs effets sur la fonction immunitaire naturelle.(...)


CATAPULTE - kiosque d'info mobile à Toulouse
Nous avions reçu à la radio deux représentantes de ce point d'information mobile
féministe, lesbienne, queer essentiellement.
Prêt de livres gratuit et brochures à prix libres.
Permanence 1 mercredi sur 2 de 21 à 22h30 pdt l' émission de Voy' Elles
sur les ondes de Canal Sud 92.2 FM
à Toulouse, 40 rue A. Duméril, et ts les dim. au marché de St Aubin.
liées aux menstruations. J'ai aussi rafraîchi de la rubrique "livres et docs liés au thème".

Le Sang
Texte de A. Testart/http://www.cndp.fr remixé et résumé /Or-Or
Les
dans le paragraphe qui suit.
Les sociétés humaines ont Souvent légiféré à propos du sang :
La religion juive stipule qu’il doit revenir à Dieu et que les hommes ne sauraient le consommer. Les cités de l’Antiquité grecque et romaine ne toléraient pas le versement du sang humain en leur sein, et les condamnés à mort devaient être occis à l’extérieur des murailles, à l’exception des jeux sanglants dans les arènes, qui, précisément, ne pouvaient avoir lieu que dans leur enceinte.
Les métiers qui mettent en contact avec l’écoulement du sang, comme celui de chirurgien-barbier, ont, dans de nombreuses civilisations, été soumis à un statut à part, quand ils n’ont pas constitué un groupe fermé, sinon une caste.
D’innombrables cultures et religions ont cru à la vertu régénérante ou simplement propitiatoire* du sang : l’Afrique noire presque toute entière, les cultures de l’Antiquité, le Mexique précolombien, ont versé régulièrement le sang des animaux ou celui des humains pour faire tomber la pluie, s’assurer le succès à la guerre ou les bonnes grâces d’un dieu.
Ce sont encore des idées similaires qui sont parfois associées à la vendetta ou à la peine capitale, dans la mesure où l’on croit qu’il faut verser le sang du criminel pour « laver » celui que lui-même a versé, « effacer » la honte ou le déshonneur qui frappe la famille de la victime tant qu’elle n’est pas vengée. Le versement du sang sert souvent à « racheter » une faute, dans maints rituels.
Dans le christianisme, le sang est versé par le fils de Dieu qui « rachète » les fautes de l’humanité.
Ce n’est pas exactement le sang en lui-même qui se trouve investi d’une forte charge symbolique, car on relève de nombreuses manipulations dans lesquelles il paraît avoir un rôle tout à fait neutre, comme la confection du boudin en Europe.
C’est plutôt son écoulement, son versement. En lui-même, le sang peut servir à lier les hommes entre eux. On signait jadis avec une goutte de son sang pour mieux marquer la force de son engagement.
L’Australie aborigène connaissait des rituels au cours desquels des hommes partant en expédition guerrière absorbaient d’énormes quantités de sang pris aux veines de leur bras, afin de prévenir toute trahison entre eux.
Parmi les Scythes, peuple antique vivant en Ukraine, deux hommes pouvaient se lier d’une amitié indéfectible en absorbant un peu d’un breuvage mélangé de leur sang. Ces « fraternités » ont été également décrites dans maintes régions d’Afrique.
Ainsi, chez les Aborigènes australiens, les jeunes initiés qui viennent de subir la circoncision sont-ils interdits d’aller à la chasse.
Pareillement, certains groupes amérindiens empêchent les guerriers victorieux de prendre part à cette activité, comme si ceux qui avaient déjà fait couler le sang des hommes ne pouvaient faire couler celui des animaux.
Les Aléoutes (groupe linguistiquement proche des Inuits, ou Eskimos) disent qu’un homme qui aurait touché une femme pendant ses périodes serait entouré d’une vapeur rouge, que les loutres la verraient et qu’il serait incapable d’en attraper aucune.
Ces tabous s’étendent aux armes de chasse ou aux outils : une vieille croyance d’Europe du Nord voulait qu’une ligne de pêche enjambée par une femme ne soit plus utilisable parce qu’inapte à prendre le moindre poisson, comme si, après un premier contact avec le sang, on devait en éviter un second.
Dira-t-on que cet évitement vient du souci de ne pas mélanger des sangs qui seraient de nature différente, comme dans le cas de l’évitement entre la femme et le chasseur, entre le sang féminin et le sang animal ? On pourrait le penser s’il n’existait également des évitements concernant le même sang.
Ainsi les femmes en menstruation doivent-elles éviter d’entrer en contact avec le gibier, le chasseur, etc., mais aussi avec elles-mêmes, en vertu d’un tabou sur lequel l’anthropologue britannique James George Frazer avait autrefois réuni un important dossier : elles doivent éviter de se toucher elles-mêmes et ne peuvent se gratter que par l’intermédiaire d’un bâton, pas plus qu’elles ne peuvent porter elles-mêmes leur nourriture à leur bouche.
Le monde hindou veut d’ailleurs que les femmes dans cet état soient isolées les unes des autres et n’aient aucun contact entre elles. Tout se passe comme si l’on ne pouvait mettre en présence le sang avec lui-même, comme si deux sangs ne pouvaient se cumuler.
Et si le chasseur doit éviter la femme, réciproquement la femme doit éviter la chasse. Ou, plus précisément, elle doit éviter celle-ci dans la mesure où elle est sanglante. Sur ce point, les données ethnographiques sont très claires. Nous savons que, chez plusieurs peuples chasseurs, les femmes avaient une certaine activité cynégétique, soit qu’elles aient pratiqué des formes de chasse qui leur soient propres, soit qu’elles aient participé à des chasses collectives, aux côtés des hommes. Mais elles y contribuaient toujours sans manipuler les armes qui font couler le sang animal, comme l’arc et la flèche, le javelot et le couteau. Elles y participaient comme rabatteuses, attrapaient des animaux avec des filets, les enfumaient dans leurs terriers ou les tuaient avec des gourdins, sans jamais utiliser d’arme tranchante.
Ce qui vaut pour la chasse vaut encore pour maintes autres activités qui mettent normalement en jeu un épanchement sanglant, et il n’est besoin que d’en dresser la liste, même sommaire, pour voir que ce furent – et que, pour une large part, cela reste – des activités excluant la femme : guerre, chirurgie, boucherie, hautes œuvres, sacrifice.
Jeanne d’Arc, vierge guerrière, faisait couler le sang des hommes, mais le sien ne coulait pas.
Diane chasseresse, la déesse de la guerre chez les Romains, (que les Grecs appelaient Artémis) elle aussi était vierge, une vierge farouche qui ne se laissait approcher par aucun homme, sous peine de le transformer en gibier, comme le pauvre Actéon, métamorphosé en cerf et déchiqueté par ses chiens pour avoir aperçu la déesse nue.
Chaque fois que nous trouvons des femmes s’occupant d’activités sanglantes telles que la chasse ou la guerre, nous retrouvons aussi la négation, sous une forme ou une autre, de leur féminité.
Comme les Amazones, qui se seraient coupé le sein pour pouvoir tirer à l’arc, ou certaines femmes qui ont exercé le métier de chamane en Sibérie et étaient ménopausées, ou encore certaines jeunes filles, chez les Inuits, qui maniaient l’arc et chassaient, mais étaient habillées en garçons et tenues pour tels jusqu’à l’âge de leur mariage.
On ne voit guère plus de fondements psychologiques pour que le sang doive être séparé du sang, la symbolique du sang se développe selon une logique propre, irréductible au biologique ou au psychologique.
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